
On a eu beau chercher, fouiller, explorer des sites historiques ou gastronomiques, nous ne sommes pas parvenu à trouver la date exacte de l’invention du tourtou corrézien. Cependant, les estimations les plus précises indiquent que la recette du tourtou serait apparue au XVIème siècle suite à l’introduction du sarrasin dans le Limousin. La plante y est rapidement devenue une culture répandue.
Même en m’intéressant à la diffusion du « blé noir » (l’autre nom du sarrasin) en Europe, là encore les chronologies divergent. Si la plante est originaire d’Asie, du nord de la Chine plus précisément, il semble qu’elle fut d’abord importée en Russie, via la Mongolie, au XIVème siècle avant de se répandre progressivement dans toute l’Europe. Pourtant, une légende rapporte également que le sarrasin aurait été introduit lors des croisades du XIIème siècle avant d’être popularisé par Anne de Bretagne à la fin du XVème siècle… Mais Anne de Bretagne, comme son nom l’indique, n’est pas de Corrèze. Par conséquent, gardons en tête cette période approximative allant de 1501 à 1600 pour dater l’apparition du tourtou corrézien.

Avant de devenir un met prisé de tous les marchés de producteurs locaux ainsi que l’un des emblèmes culinaires de la région, sous formes salées ou sucrées, le tourtou corrézien fut d’abord consommé comme « pain du pauvre ». Il faut alors se rappeler qu’en France au XVIème siècle les boulangers fabriquaient quatre sortes de pain:
Il faut attendre le XIXème siècle pour que les paysans ainsi que le petit peuple aient les moyens de s’offrir du pain blanc.
Par conséquent, ces crêpes de sarrasin (parfois de froment) étaient principalement au menu des familles paysannes modestes dans les zones rurales de Corrèze et plus largement du Limousin en remplacement du pain. Ses avantages : peu coûteuses, nourrissantes, recette simple à préparer.

Il n’y a finalement que peu de variantes dans la façon actuelle de cuisiner des tourtous corréziens.
Pour 6 personnes, soit une trentaines de crêpes, il faudra :
– 300 grammes de farine de blé noir (le sarrasin),
– 100 grammes de farine de blé, (permet à la pâte de mieux se tenir),
– 1 cube de levure de boulanger (42 grammes),
– 1 pincée de gros sel,
– 1,5 litres d’eau tiède,
– un peu de matière grasse : un morceau de lard ou de l’huile (neutre ou de noix pour parfumer les tourtous selon les goûts).
Voici ci-dessous la recette issue du site du Domaine du Salabert, maison d’hôte à Saint Martial de Gimel, situé à 17 kilomètres de Tulle :
Le tourtou n’est pas un aliment qui se conserve très longtemps. A priori, maximum deux à trois jours dans un endroit frais mais surtout pas au frigo, enveloppé dans un torchon. Cela permet de conserver l’humidité sans faire tourner la crêpe.
Attention, un temps très pluvieux peut vite vous faire coller les tourtous entre eux en raison de l’humidité ambiante.
Autant les Bretons distinguent la crêpe (sucrée) de la galette (salée), autant en Corrèze il ne me semble pas que l’on s’embarrasse d’une telle distinction. Le tourtou se savoure aussi bien sucré que salé, la recette de base restant la même.
Pour un plaisir sucré, le tourtou se mariera parfaitement avec :
L’occasion idéale pour préparer un petit-déjeuner avec une confiture de fraises au safran de Corrèze ou une gelée de pomme naturelle de Corrèze (disponibles chez la-correzienne.fr par exemple) ou un miel en provenance de l’un des nombreux apiculteurs corréziens : Yves Delaunay (Perpezac), L’abeille de Seignolles, Benoît Lacourcelle (massif des Monédières), L’Abeille d’Obazine, L’abeille Gaillarde (Brive), etc.

Du côté des palais férus de salés, les tourtous sont traditionnellement garnis de rillettes de canard (sans, mais aussi avec foie gras) ou d’oie puis roulés. Néanmoins, la crêpe au sarrasin s’accommodera parfaitement de variations avec :
Le massif des Monédières et le Plateau des Millevaches vous mettrons bien à disposition quelques uns de leurs cèpes ou girolles pour compléter !

Bien entendu, nous pouvons aussi redonner au tourtou son usage originel, à savoir remplacer le pain pour accompagner
Il va de soi que les marchés de producteurs locaux restent un moyen sûr et pratique pour acheter des tourtous tout frais. Cela dit, il existe également de nombreux établissements qui en proposent parmi lesquels nous pouvons citer :
A vos fourneaux et bon appétit !